URDLA : to the happy few

D’un côté une linogravure XXL de Max Schoendorff, Face de poupe, de l’autre, T/H/I/N/G, une suite de cinq lithographies réalisées par Benjamin Hochart. À partir de ces deux œuvres (choisies parmi plus de 2000 qui constituent le fonds), imprimées dans ses ateliers en 2008 et 2012, l’URDLA (Villeurbanne) offre au public l’occasion de découvrir les étapes de l’impression en couleurs.

Centre d’art contemporain dédié à l’estampe et au livre réunissant des ateliers d’impression (lithographie, taille-douce, typographie…) ouvert aux meilleurs artistes d’hier et d’aujourd’hui (Anne-Laure Sacriste, Giulia Andreani, Damien Cadio parmi les derniers en résidence), une librairie et une galerie -accueillant quatre expositions par an, tantôt monographiques, tantôt collectives-, l’URDLA propose en ce début d’année, qui marque le 30e anniversaire de son installation à Villeurbanne, de découvrir ce qui est habituellement réservé « to the happy few », d’après une dédicace empruntée à Stendhal à la fin de La chartreuse de Parme. Le lieu fait une nouvelle fois preuve de générosité (après avoir mis en vente au prix de 100€, 100 œuvres de 100 artistes, parties en moins de trente minutes) en levant le voile sur les techniques de la taille d’épargne (qui permet l’impression d’un dessin gravé en négatif sur une planche, seules les parties en relief reçoivent l’encre) et de la lithographie (permettant l’impression d’un dessin tracé avec un corps gras sur une pierre calcaire).

L’exposition réunit deux œuvres de deux artistes de générations différentes : Max Schoendorff d’une part (1934-2012), peintre, graveur, costumier, metteur en scène et fondateur de l’URDLA -qu’on retrouve dans une exposition personnelle à la galerie Michel Descours et dans le nouvel accrochage moderne du musée des beaux-arts de Lyon-, Benjamin Hochart, né en 1982 de l’autre, accompagnées d’épreuves de travail, non vouées à être montrées au public. Essentielles à la compréhension des techniques mises en œuvre, ces planches décomposent une à une, de la même manière que les chronophotographies décomposent le mouvement, les étapes de l’impression en couleurs en montrant les états successifs de l’œuvre.

Vue de l'exposition To the happy few, URDLA centre international estampe & livre © Photo : Jules Roeser. Courtoisie de l'URDLA
Vue de l’exposition To the happy few, URDLA © Photo : Jules Roeser. Courtoisie de l’URDLA

On comprend ainsi que pour la réalisation de Face de poupe (linogravure, 160 x 120 cm, 14 ex, 2008), quatre passages sous les presses ont été nécessaires (un pour chaque couleur : noir, rose, marron, vert), cinq pour T/H/I/N/G (suite de cinq lithographies, 50 x 65 cm, 30 ex. chacune, 2012) pour les mêmes raisons. La première des deux œuvres s’impose rapidement comme un tour de force : Max Schoendorff n’a pas gravé quatre matrices comme la logique le voudrait mais bel et bien une seule, employant la technique complexe de la linogravure à « la planche perdue », initiée par Pablo Picasso : la matrice est regravée après chaque passage de la couleur, rendant impossible la retouche des impressions antérieures.

Démonstration d’une (infime) partie des compétences techniques de l’URDLA mises au service des artistes depuis sa création en 1978, cette nouvelle exposition permet d’élargir un peu plus encore le cercle d’initiés à la gravure (et qui sait peut-être de susciter de nouvelles vocations). L’URDLA organise régulièrement des visites commentées des expositions et de ses coulisses, des ateliers et des rencontres avec les artistes…


To the happy few, du 14 janvier au 20 février 2016, URDLA – centre international estampe & livre, 207 rue Francis-de-Pressensé, Villeurbanne – entrée libre.


Image à la une : vue de l’exposition To the happy few, URDLA © Photo : Jules Roeser. Courtoisie de l’URDLA

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