Quentin Maussang : portrait d’une génération

Le centre d’art L’attrape-couleurs présente, du 14 juin au 25 juillet, une sélection de vidéos de Quentin Maussang, jeune artiste -vidéaste, performeur, musicien et peintre plus occasionnellement- diplômé de l’école des beaux-arts de Lyon.

Installé dans un quartier tranquille, excentré de Lyon, en bord de Saône, face à l’île Barbe, L’attrape-couleurs est à la fois un espace d’expositions et un lieu de résidence ouvert aux artistes. En complicité avec l’école des beaux-arts de la ville et d’autres centres d’art de France (Artistes en résidence à Clermont Ferrand ou Lieu Commun à Toulouse par exemple pour 2015), L’attrape-couleurs a vocation a favoriser l’émergence de jeunes artistes. Le lieu accueille en outre un certain nombre d’événements artistiques chaque année : performances, lectures, rencontres…

L’exposition de Quentin Maussang, Politique de l’ennui (culture physique), se déploie dans les deux salles d’exposition de L’attrape-couleurs, plongées tant bien que mal dans une demie-obscurité au moyen de cartons usagés déployés sur les fenêtres. Quelques chaises, plusieurs tables, une dizaines d’anciens téléviseurs, un canapé rouge dans le fond, empruntés ici et là, constituent le décor. Sur les écrans disséminés dans la première salle sont diffusés des films amateurs tournés au caméscope VHS par l’artiste entre ses 17 et ses 23 ans, tandis qu’est projeté dans la seconde salle (fermée lors de notre visite) une œuvre « plus récente ». Trois heures de visionnage au moins attendent le visiteur qui voudrait tout voir. Avec ses nombreuses assises, quoique plus ou moins confortables, l’exposition invite à la paresse.

Vue de l’exposition de Quentin Maussang, L’attrape-couleurs. Courtoisie du centre d’art.

Une sélection de vidéos filmées par Quentin Maussang dont le seul fil conducteur est de saisir des tranches de vie d’une bande de copains, la sienne. Les discussions, les parties de jeu, les plaisanteries d’adolescents, les balades en moto à travers la campagne se succèdent en vrac dans une alternance de plans larges-rapprochés, courts-longs, zooms, travellings…

Toutes les séquences ont été tournées en dehors du temps « de travail », le soir, le week-end, ou pendant les vacances scolaires. Au milieu de ces heures de rush, on tente de saisir un lieu, une date, un nom, une histoire auxquels se rattacher, sans réellement y parvenir. Tout juste arrive-t-on à replacer ses instantanés de vie au tournant des années 1990 et 2000 grâce à quelques indices furtifs : un reportage sur le passage à l’an 2000, une retransmission d’un discours de Lionel Jospin à l’Assemblée nationale, ou un mot sur la perspective de la candidature de Jean-Marie Le Pen à l’élection présidentielle.

Quel statut accorder à ses vidéos amateurs faites œuvres par leur exposition : documents réels dressant le portrait d’une époque et d’une génération ou mises en scène d’un artiste en devenir ? Rien dans l’exposition ne permet de le dire avec assurance. De cette incertitude naît le soupçon d’une écriture qui laisse peu de place au hasard : amis complices réalisant une performance d’acteurs, scénario et dialogues écrits, exigences de montage…Déceler le vrai du faux, distinguer la part de réalité et de fiction, peut-être est-ce là le principal intérêt de cette exposition.


Quentin Maussang, Politique de l’ennui (culture physique), L’attrape-couleurs, mairie annexe de Saint-Rambert, place Henri Barbusse, Lyon 9e – entrée libre.