Jean-Philippe Charbonnier, sous le ciel de Paris

*Le Crédit Municipal de Paris met à l’honneur le photographe français Jean-Philippe Charbonnier. L’exposition, présentée jusqu’au 14 février, réunit soixante-dix tirages issus des collections du musée d’art moderne de la ville de Paris.

Né en 1921 à Paris, décédé en 2004 à Grasse, Jean-Philippe Charbonnier est considéré comme l’un des plus grands photojournalistes d’après-guerre. Il fut pendant près de vingt-cinq ans reporter pour Réalités, l’un des mensuels les plus lus de son époque. Lauréat du deuxième prix au concours World Press Photo 1958, il participa également aux premières rencontres photographiques d’Arles. À l’exception pourtant de deux ou trois clichés (Juliette Greco et Miles Davis dans les coulisses de la salle Pleyel*, le mannequin-star Bettina posant place Vendôme), son œuvre demeure largement méconnue du grand public. Trente-et-un ans après la rétrospective que lui à consacré le musée d’art moderne de la ville de Paris, un ensemble unique de tirages -offerts par l’artiste au musée à l’issue de son exposition- est exposé « chez ma tante », au Crédit Municipal de Paris.

70 photographies en noir et blanc (les œuvres en couleur, considérées comme commerciales, ayant été écartées par l’artiste), réalisées à Paris entre 1945 et 1983, sont exceptionnellement réunies. L’exposition présente des travaux de commandes ainsi que des clichés personnels réalisés en dehors de toutes contraintes. L’œuvre entière de Jean-Philippe Charbonnier s’inscrit en marge de la « photographie humaniste » dominant l’après-guerre, représentée entre autres par Edouard Boubat, Henri Cartier Bresson ou Robert Doisneau. Emmanuelle de l’Ecotais, chargée des collections photographiques au musée d’art moderne de la ville et commissaire de l’exposition, explique : « Jean-Philippe Charbonnier n’embellit pas la réalité, son regard ne déborde pas de bons sentiments et ne retranscrit pas l’amour et la foi dans l’homme recherchée par ses confrères », d’où peut-être son défaut de célébrité. Jean-Philippe Charbonnier montre ses modèles tels qu’ils sont, sans complaisance, sans idéalisation.

Le derrière de Notre-Dame, Paris, 1981 © Jean-Philippe Charbonnier / Gamma-Rapho
Le derrière de Notre-Dame, Paris, 1981 © Jean-Philippe Charbonnier / Gamma-Rapho

L’exposition fait cohabiter des personnalités (Christian Dior, la danseuse étoile Ghislaine Thémar, l’actrice Marisa Berenson) avec une foule d’anonymes : ouvriers, boutiquiers, touristes, écoliers… saisis sur le vif par l’artiste. Une galerie de portraits touchante qui nous apparaît aujourd’hui comme un témoignage singulier de la transformation de la société parisienne, depuis la Libération jusqu’au début des années 1980, notamment par l’évolution du style vestimentaire. Simples tranches de vies à leur création, ses photos sont devenues avec le temps de véritables documents d’histoire. Si l’on en croit les réflexions du photographe (publiées dans le livre Un photographe vous parle paru en 1961) reproduites ici et là dans l’exposition, Jean-Philippe Charbonnier avait conscience du rôle de mémoire de la photographie : « on fait toujours des photos qui seront historiques un jour ou l’autre » disait-il. Une réflexion qui colle parfaitement à certains de ses clichés, en particulier ceux réalisés le 14 juillet 1945 ou pendant les événements de mai 1968. Le titre des photographies joue aussi un rôle essentiel dans l’appréciation de son travail, Jean-Philippe Charbonnier joue des analogies, renforce l’ironie comme ici (photo) avec Le derrière de Notre-Dame.

Pendant plus de quarante ans, Jean-Philippe Charbonnier aura arpenté Paris inlassablement, appareils à la main, des faubourgs aux quartiers huppés au gré de ses promenades : Aubervilliers, le Marais, le Luxembourg, Rungis, les quais de Seine (avec une attention particulière pour Notre Dame) ; fréquenté les terrasses de restaurant, le métro, les musées (superbe photo d’une brochette de dames au Centre Pompidou), les gares, les terrains vagues, les jardins… Ses photos de la capitale s’inscrivent en complément de ses reportages à l’étranger -à Bénarès, Manhattan, ou dans le Sahara-, évoqués par la réunion de plusieurs exemplaires de la revue Réalités. Dans les unes comme dans les autres, Jean-Philippe Charbonnier à su se fondre dans le décor, pour nous livrer sa vision singulière du monde. Vision exposée à la galerie du Crédit Municipal de Paris jusqu’au 14 février.


Jean-Philippe Charbonnier, L’œil de Paris, galerie du Crédit Municipal de Paris, 55 rue des Francs-Bourgeois (75004). Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h, le samedi de 9h à 17h, nocturne le jeudi jusqu’à 19h. Entrée : 3€/0€. « Happy morning chez Ma Tante » : tous les jeudis matins à partir du 22 janvier, le Crédit municipal vous offre un petit-déjeuner pour une entrée achetée, un café-un croissant-une expo : 3€. Un catalogue est publié aux éditions Séguier : 10€.


*visite à l’invitation du Crédit Municipal de Paris, catalogue offert.


Image à la une : Bettina la plus belle, Paris, 1953 © Jean-Philippe Charbonnier / Gamma-Rapho