Quand l’art grec inspire l’art contemporain

L’Antiquité n’a jamais cessé d’inspirer les artistes. L’art contemporain s’en nourrit aussi allègrement, assez pour nous inspirer une leçon d’histoire de l’art grec illustrée à partir d’œuvres réalisées depuis les années 1970. 

Période classique : 480-320 av. J.-C.

Brigitte Zieger, Counter Memories, 2014 - d'après le fronton ouest du temple d'Aphaïa à Égine, 490-480 av. J.-C. © galerie Odile Ouizeman
Brigitte Zieger, Counter Memories, 2014 – d’après le fronton ouest du temple d’Aphaïa à Égine, 490-480 av. J.-C. © galerie Odile Ouizeman

Avec la réalisation du temple d’Aphaïa à Égine commence la période classique. Le décor des deux frontons, est et ouest, figure les deux guerres de Troie dans lesquelles se sont illustrés les soldats d’Egine. Les guerriers sont protégés de chaque côté par Athéna casquée et armée. Dans la série Counter Memories, présentée à la galerie Odile Ouizeman à la rentrée 2014, Brigitte Zieger superpose les silhouettes d’œuvres antiques avec des photographies de rassemblements musicaux.

Benoît Maire, C, 2008 - d'après l'éphèbe de Critios, vers 480 av. J.-C. © Benoît Maire
Benoît Maire, C, 2008 – d’après l’éphèbe de Critios, vers 480 av. J.-C. © Benoît Maire

L’éphèbe de Critios (du nom de son sculpteur) figure un jeune homme nu, debout, les bras le long du corps, la jambe droite fléchie. Le corps est représenté dans l’attitude du contrapposto, c’est à dire déhanché, pour la première fois dans la statuaire antique. La sculpture de Critios est considéré comme un exemple de la transition entre la période archaïque et l’époque classique. L’artiste Benoît Maire s’empare du visage de l’éphèbe, qu’il transpose en photographie et en sculpture.

Jeff Koons, Gazing Ball (Centaur and Lapith Maiden), 2013 - d'après le fronton ouest du temple de Zeus à Olympie, 472-457 av. J.-C. © Jeff Koons
Jeff Koons, Gazing Ball (Centaur and Lapith Maiden), 2013 – d’après le fronton ouest du temple de Zeus à Olympie, 472-457 av. J.-C. © Jeff Koons

Construit entre 472 et 457, le temple de Zeus à Olympie abritait l’une des sept merveilles du monde antique : une statue monumentale chryséléphantine (or et ivoire) du dieu. Les frontons figuraient la légende de Pélops et Oinomaos d’un côté, de l’autre la guerre entre centaures et lapithes. Jeff Koons reprend un fragment de ce dernier. La série des Gazing ball pourrait à elle seule illustrer notre billet : Apollon Lykeios de Praxitèle, Hercule Farnèse de Lysippe, Faune Barberini… etc

Martin Parr, L'Acropole d'Athènes, 1991 - Parthénon, 447-438 av. J.-C. © Martin Parr/Magnum Photos
Martin Parr, L’Acropole d’Athènes, 1991 – Parthénon, 447-438 av. J.-C. © Martin Parr/Magnum Photos

Le Parthénon, emblème de la Grèce et haut lieu du tourisme, fut bâti à l’initiative de Périclès entre 447 et 438 av. J.-C. sur l’acropole d’Athènes afin d’abriter le trésor de la cité ainsi qu’une statue monumentale de la déesse Athéna créée par Phidias. Le décor, partiellement détruit aujourd’hui, se développait à la fois sur la frise et les métopes courant tout autour du bâtiment et sur les deux frontons est et ouest. Martin Parr immortalise ici non sans humour les groupes des touristes.

Elliott Erwitt, Musée de l'acropole, Athènes, 1963 - au premier plan : statue de dieu dit « du cap Artémision », vers 460 av. J.-C. © Elliott Erwitt
Elliott Erwitt, Musée de l’acropole, Athènes, 1963 – au premier plan : statue de dieu dit « du cap Artémision », vers 460 av. J.-C. © Elliott Erwitt

La statue du cap Artémision est l’un des rares exemples de sculptures grecques en bronze conservées pour cette époque. Jambes écartées, bras gauche tendu vers l’avant, visage dans la même direction, la main droite ramenée vers l’arrière tenait à l’origine un attribut, foudre ou trident (selon qu’il s’agissait de Zeus ou de Poséidon). La photo d’Elliott Erwitt est tirée de la série Musées qui saisit avec humour les regards et les attitudes des visiteurs devant les œuvres exposées.

Présence Panchounette, L'art à tout casser, 1990, Paris, MAMVP - d'après le Discobole de Myron, vers 450 av. J.-C. © Semiose galerie
Présence Panchounette, L’art à tout casser, 1990, Paris, MAMVP – d’après le Discobole de Myron, vers 450 av. J.-C. © Semiose galerie

Le discobole est sans doute l’une des statues les plus fameuses de l’art grec, elle représente un athlète nu, saisi dans l’effort, s’apprêtant à lancer un disque. Il s’agit d’une œuvre du sculpteur Myron connue par de nombreuses copies, dont la plus fidèle est conservée au palais Massimo alle Terme (Rome). Pour L’art à tout casser, le collectif  d’artistes Présence Panchounette relit avec humour ce classique de l’art grec en l’imaginant s’entraîner au lancer du disque avec des assiettes en porcelaine.

Matthew Darbyshire, Captcha No. 15 Doryphoros, 2014 - d'après le Doryphore de Polyclète, vers 440 av. J.-C. © Herald St
Matthew Darbyshire, Captcha No. 15 Doryphoros, 2014 – d’après le Doryphore de Polyclète, vers 440 av. J.-C. © Herald St

Œuvre de Polyclète, le Doryphore ou Porteur de lance -réinterprété par Matthew Darbyshire- illustre les proportions idéales théorisées par son auteur dans le Canon, un traité sur la représentation du corps humain. Le Doryphore est à l’origine d’une nouvelle attitude qui eut une influence considérable sur les sculpteurs, bien au-delà de l’Antiquité : le poids du corps repose sur une seule jambe, l’autre est fléchie et rejetée vers l’arrière, le talon levé, donnant légèreté et dynamisme à la silhouette.

Robert Mapplethorpe, Hermes, 1988 - d'après l'Hermès de Praxitèle, IVe siècle av. J.-C. © Robert Mapplethorpe
Robert Mapplethorpe, Hermes, 1988 – d’après l’Hermès de Praxitèle, IVe siècle av. J.-C. © Robert Mapplethorpe

Praxitèle (environ 400-326B av. J.-C.) est l’un des plus célèbres sculpteurs de la Grèce antique. Si peu d’œuvres originales ont été authentifiées, Praxtitèle a légué à la postérité de nombreux modèles, maintes fois copiés (jusqu’à nos jours) : l’Aphrodite de Cnide, l’Hermes portant Dionysos enfant ou l’Apollon Sauroctone pour ne citer qu’eux. La photographie de l’Hermes par Robert Mapplethorpe trouble par le caractère profondément humain, presque vivant, de son modèle.

Daniel Arsham, Man, 2010 - d'après l'Apollon du Belvédère, vers 330 av. J.-C. © galerie Perrotin
Daniel Arsham, Man, 2010 – d’après l’Apollon du Belvédère, vers 330 av. J.-C. © galerie Perrotin

L’Apollon du Belvédère est une copie romaine découverte à la fin du XVe siècle d’un original grec en bronze perdu daté vers 330 av. J-.C. Elle doit son nom au pape Jules II qui l’installa dans le Belvédère des jardins du Vatican. La statue du dieu Apollon, qui semble-t-il était représenté en train de décocher une flèche, suscita l’intérêt des artistes et critiques, et inspire toujours comme le prouve Daniel Arsham. Les historiens la rapprochent souvent de la « Diane de Versailles ».

Période hellénistique : IVe -Ier siècle av. J.C.

Giulio Paolini, Intervallo, FRAC Bourgogne - d'après les « pangratiastes », IIIe siècle av. J.-C. © FRAC Bourgogne
Giulio Paolini, Intervallo, FRAC Bourgogne – d’après les « pangratiastes », IIIe siècle av. J.-C. © FRAC Bourgogne

L’artiste italien Giulio Paolini s’amuse avec les sculptures antiques : dédoublement de l’Hermes de Praxitèle, de la vénus Médicis d’après l’Aphrodite de Cnide ou de bustes d’Antinoüs dans la série Mimesi… Il détourne ici, en la coupant en deux, une sculpture grecque du IIIe siècle av. J.-C., conservée au musée des Offices, représentant deux lutteurs pratiquant le pancrace. Comme le Discobole de Myron, les athlètes sont saisis dans l’effort, ce qui rend l’œuvre particulièrement expressive.

Louise Lawler, Hand on her back (Traced), 2013 - d'après l'Aphrodite accroupie de Doidalsès de Bithynie, IIIe siècle av. J.C. © Louise Lawler
Louise Lawler, Hand on her back (Traced), 2013 – d’après l’Aphrodite accroupie de Doidalsès de Bithynie, IIIe siècle av. J.C. © Louise Lawler

L’Aphrodite accroupie est un modèle du IIIe siècle ou du début du IIe siècle av. J.-C., attribué au sculpteur Doidalsès de Bithynie. Il représente la déesse Aphrodite nue, au bain, dans une posture éminemment sensuelle et audacieuse, caractéristique des recherches menées à l’époque hellénistique. Dans sa dernière série, Traced, Louise Lawler propose une série de dessins au trait d’après des photographies prises dans les musées et collections privées du monde entier.

Barry X Ball, Sleeping Hermaphrodite, 2008-2010 - d'après l'Hermaphrodite endormi, IIe siècle av. J-.C. © Barry X Ball
Barry X Ball, Sleeping Hermaphrodite, 2008-2010 – d’après l’Hermaphrodite endormi, IIe siècle av. J-.C. © Barry X Ball

Barry X Ball reproduit dans le marbre une copie romaine de l’Hermaphrodite (ancienne collection Borghèse, le matelas est un ajout du XVIIe siècle), d’après un original perdu du IIe siècle av. J.-C., conservée au musée du Louvre. La sculpture fascine par la sensualité du corps et la surprise provoquée par la découverte d’un organe sexuel masculin en en faisant le tour. Le sujet d’inspiration mythologique reflète le goût pour la mise en scène durant l’époque hellénistique.

Thomas Struth, Pergamon museum VI, Berlin, 2001 - grand autel de Pergame, 165-150 av. J.-C. © galerie Marian Goodman
Thomas Struth, Pergamon museum VI, Berlin, 2001 – grand autel de Pergame, 165-150 av. J.-C. © galerie Marian Goodman

Le grand autel de Pergame est l’un des monuments les plus célèbres de la période hellénistique (qui s’étend du IVe au Ie siècle av. J.-C.). Il fut transporté et reconstitué à la fin du XIXe siècle, pierre par pierre à Berlin dans un musée à sa -dé-mesure. Le photographe allemand Thomas Struth lui a consacré une série complète, on voit ici deux visiteurs regardant la frise du podium côté est, illustrant une gigantomachie opposant géants et olympiens (avec Athéna à gauche).

– d’après la « Vénus de Milo », vers 100 av. J.-C.

Découverte en 1820, la « Vénus de Milo » constitue l’un des chefs d’oeuvre du musée du Louvre, tant par ses qualités plastiques (en particulier de la distorsion du corps) que par le mystère qui l’entoure : comment restituer la posture des bras ? Elle est de loin l’œuvre l’antique la plus détournée, autant par les artistes modernes (Man Ray, Salvador Dali, René Magritte) que par les contemporains : Peter Klasen, Jim Dine, Ed Paschke, Arman, Hans-Peter Feldmann pour ne citer que ceux là.

Nick van Woert, Sans titre, 2014 - d'après le Guerrier combattant dit « gladiateur Borghèse » d'Agasias d'Ephèse, vers 100 av. J.-C. © Nick van Woert
Nick van Woert, Sans titre, 2014 – d’après le Guerrier combattant dit « gladiateur Borghèse » d’Agasias d’Ephèse, vers 100 av. J.-C. © Nick van Woert

Contrairement à ce que le titre laisse penser, le « gladiateur Borghèse » figure un guerrier au combat et non pas un personnage du cirque. Protégé derrière son bouclier, il s’apprête à riposter, épée au poing, le visage tourné vers son assaillant. La sculpture frappe par le rendu du mouvement et de la musculature. Nick van Woert s’est amusé à détourner la statuaire antique, à notre tour on se prend au jeu de reconnaître les œuvres recouvertes par des couches de matériaux divers.

Roy Lichtenstein, Laocoon, 1988 - d'après Laocoon et ses fils d'Hagésandros, Athénodoroe et Polydore, IIe ou Ie siècle av. J.-C. © DR
Roy Lichtenstein, Laocoon, 1988 – d’après Laocoon et ses fils d’Hagésandros, Athénodoroe et Polydore, IIe ou Ie siècle av. J.-C. © DR

Le groupe du Laocoon fut découvert au début du XVIe siècle à Rome. Œuvre de trois sculpteurs rhodiens selon Pline l’ancien, chef d’œuvre de la période hellénistique, elle représente le prêtre troyen Laocoon et ses deux fils attaqués par des serpents envoyés par l’un des dieux du panthéon grec. Le groupe saisit le spectateur par sa puissance expressive. La peinture de Roy Lichtenstein s’inscrit dans une série de reproductions d’œuvres emblématiques de l’histoire de l’art.


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