Crowfunding : les musées ont besoin d’aide

Pas moins de quatre musées parisiens ont lancé une campagne de crowfunding (financement participatif) au cours des dernières semaines : le musée national de la Marine, le musée national Jean-Jacques Henner, le musée national des arts asiatiques Guimet et le musée du Louvre. Tour d’horizon. 

Le crowfunding ou financement participatif a depuis longtemps séduit les musées : le musée du Louvre à été le premier à faire appel à la générosité des internautes pour l’acquisition d’un tableau (Lucas Cranach, Les Trois Grâces) c’était en 2010 ! Depuis les campagnes se sont multipliés (à plus ou moins bon escient), cet automne quatre institutions se lancent dans l’aventure avec des objectifs différents : l’acquisition d’une œuvre pour le musée Guimet et pour le Louvre, la restauration d’une sculpture au musée de la Marine, et l’aménagement d’une pièce pour le musée Henner. Bénéficiez d’une déduction fiscale (à hauteur de 66% du don) et d’avantages divers (invitation au musée, goodies, affichage de votre nom) en échange de votre participation.

Le musée national de la Marine lance un appel aux dons pour la restauration du Génie de la mer de Carlo Sarrabezolles (1935). Initialement destinée à orner le paquebot Normandie, la sculpture en bronze a été présentée au public lors de l’exposition internationale de 1937 à Paris et aujourd’hui installée à Marseille, face à la mer. En 1950, l’artiste fit don au musée du modèle original réalisé en plâtre. Exposé un temps, avant d’être relegué dans les réserves, la sculpture tomba dans l’oubli. Sa remise en état en vue d’une présentation dans les collections permanente nécessite l’intervention d’une équipe de restaurateurs spécialisés. Les frais s’élèvent à près de 80 000€, la campagne vise à rassembler la moitié de la somme d’ici le 18 décembre 2015.


La façade du musée national Jean-Jacques Henner, Paris © Musée Henner
La façade du musée national Jean-Jacques Henner, Paris © Musée Henner

Le musée national Jean-Jacques Henner est de ces musées-écrins dédiés à l’œuvre d’un seul artiste (Gustave Moreau, Antoine Bourdelle, Ossip Zadkine…). Ses collections retracent la vie et l’œuvre du peintre français Jean-Jacques Henner (1829-1905), prix de Rome en 1858. Le musée est installé dans un hôtel particulier du XVIIe arrondissement de Paris qui était la demeure et l’atelier d’un contemporain de Henner, le peintre Guillaume Dubufe. Fermé jusqu’au printemps 2016 pour subir d’importants travaux, le musée lance une campagne de financement participatif pour aider au financement (20 000€) de la restauration du jardin d’hiver de l’hôtel, jusque là fermé au public, pour l’accueil de concerts/spectacles/conférences/expositions…


En réunissant pas moins de 25 000€ en 36 jours, le musée national des arts asiatiques Guimet à réussi son pari : fédérer des amateurs en vue de l’acquisition d’une armure de samouraï. Le musée a depuis élargi la campagne (50 000€ au total) pour couvrir une plus grande partie des frais. Datée de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle (époque Edo-Tokugawa), l’armure a appartenu à un clan prestigieux. En raison de son histoire et son état de conservation, l’objet a été classé « œuvre d’intérêt patrimonial majeur » par la commission des trésors nationaux du ministère de la Culture. À terme, l’armure rejoindra les salles du musée Guimet à Paris, qui conserve la plus importante collection des arts asiatiques en dehors de l’Asie.


© Photo : Mathieu Ferrier, Agence Photo F
Jacques Saly, L’Amour essayant une de ses flèches, 1753 © Mathieu Ferrier, Agence Photo F

Après l’acquisition des Trois Grâces peint par Lucas Cranach (2010), de deux statuettes en ivoire appartenant à une Descente de croix (2012), de la table Teschen (2014) et la restauration de deux œuvres du département des arts de l’Islam (2011) et de la Victoire de Samothrace (2013), le musée réactive la campagne « Tous mécènes » en vue cette fois de l’acquisition de l’Amour essayant une de ses flèches, une statue en marbre exécutée au XVIIIe siècle par Jacques Saly. Chef d’œuvre de l’artiste et merveille de la sculpture française, selon les propres mots du musée, l’œuvre a été cexécutée pour le compte de la marquise de Pompadour. Le musée du Louvre espère récolter 600 000 euros d’ici le 14 février (l’œuvre est estimée au total 5,5 millions d’euros).


Soulignons en-dehors de Paris la campagne du musée des Beaux-Arts de Rennes pour l’acquisition d’un tableau de Jean-Baptiste-Marie Pierre, Bacchante endormie (60 000€ à réunir), celle musée des beaux-arts de Nantes pour la restauration de Diane Chasseresse d’Orazio Gentileschi (jusqu’au 30 novembre) et du musée africain de Lyon pour le réaménagement de ses salles (20 000€).